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LES BAINS PARIS

ADRESSE

7 Rue du Bourg l'Abbé, 75003 Paris, France

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Etienne Marcel (M4)

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5 août 2024

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Les Bains, un siècle de nuits parisiennes
THE PLACE


Peu d’adresses parisiennes peuvent raconter autant de vies que Les Bains. Avant de devenir l’hôtel cinq étoiles que l’on connaît aujourd’hui, le 7 rue du Bourg-l’Abbé aura traversé près d’un siècle et demi d’histoire parisienne, passant des thermes de la Belle Époque aux nuits les plus sulfureuses de la capitale.


L’histoire commence en 1885 avec François-Auguste Guerbois et son fils, dont le nom résonnait déjà dans le Paris artistique grâce au Café Guerbois. Situé avenue de Clichy, ce dernier fut l’un des lieux de rendez-vous des impressionnistes et de leurs proches : Monet, Renoir, Degas ou encore Zola s’y retrouvaient régulièrement.


Pour leur nouveau projet, les Guerbois voient plus grand. Leur ambition est de créer l’un des établissements de bains les plus prestigieux de Paris. Ils confient sa réalisation à l’architecte Eugène Ewald, qui imagine un ensemble consacré au corps et au bien-être avec piscine, bains turcs et russes, bains chauds et douches de vapeur. Les Bains Guerbois rencontrent rapidement leur public. Marcel Proust et plusieurs figures de la vie artistique parisienne fréquentent l’établissement, qui se forge également une réputation de lieu de rendez-vous pour une clientèle homosexuelle masculine.


Près d’un siècle plus tard, l’histoire change complètement de registre. Le bâtiment passe aux mains de la famille Marois puis devient, en 1978, Les Bains Douches. Philippe Starck, encore au début de sa carrière, en dessine une partie du décor et notamment le célèbre damier noir et blanc de la piste de danse, l’un des rares éléments à avoir traversé toutes les transformations du lieu.

Avant même l’ouverture, Paris bruisse déjà de rumeurs. Plus de 2 000 personnes se pressent pour assister à l’inauguration. Très vite, Les Bains Douches deviennent beaucoup plus qu’une discothèque : on vient pour dîner, écouter un concert, boire un verre puis poursuivre la nuit quelques mètres plus bas.

La scène accompagne elle aussi les bouleversements musicaux de l’époque. Depeche Mode y donne notamment son premier concert français en septembre 1981. Les mondes de la mode, de la musique, du cinéma et des médias commencent à s’y croiser avec une facilité qui participera largement au mythe.


Lorsque Hubert Boukobza et Claude Challe reprennent l’établissement en 1984, Les Bains entrent définitivement dans leur âge d’or. La comparaison avec le Studio 54 new-yorkais n’est pas très loin tant l’adresse devient le rendez-vous de ceux que Paris regarde. David Bowie, Mick Jagger, Andy Warhol, Prince, Grace Jones, Yves Saint Laurent, Karl Lagerfeld, Kate Moss, Johnny Depp ou Jean-Paul Gaultier y passent leurs nuits.

La fête devient presque une discipline. On vient danser, évidemment, mais également observer et être observé. Le Café Costes le jour, Les Bains la nuit : la formule résume assez bien une époque où quelques établissements dictaient à eux seuls le rythme de la capitale.

Dans les années 1990, David et Cathy Guetta, pas encore mariés, participent à leur tour à la vie du club.


Mais aucun âge d’or n’est éternel. Au début des années 2000, l’adresse perd progressivement de son éclat. La concurrence s’intensifie, la gestion devient plus difficile et le bâtiment lui-même commence à montrer des signes inquiétants de fragilité. En 2010, sa fermeture devient inévitable.

Jean-Pierre Marois, fils de l’ancien propriétaire et témoin privilégié des grandes années du club, décide alors de reprendre l’histoire en main. Le défi n’est pas seulement de restaurer un bâtiment : il faut réussir à faire entrer Les Bains dans une nouvelle époque sans effacer ce qui les a rendus uniques.

Après plusieurs années de travaux, Les Bains Paris ouvrent en 2015 sous la forme d’un hôtel cinq étoiles de 39 chambres et suites, auquel viennent s’ajouter un spa, un restaurant, un bar et, toujours, un club.

Pour cette métamorphose, Jean-Pierre Marois rassemble plusieurs profils capables de travailler avec les différentes vies du lieu. Vincent Bastie intervient sur l’architecture tandis que Denis Montel et Tristan Auer pensent les intérieurs. Influences haussmanniennes, références Art déco, clins d’œil aux années 1980 et mobilier contemporain se croisent sans chercher à répliquer studieusement une époque.

Même le parfum du lieu est unique, Dorothée Piot imagine Atmosphère, une signature olfactive boisée et épicée conçue spécialement pour Les Bains.

Les origines thermales n’ont pas non plus été oubliées. L’ancien bassin est réinterprété au sous-sol dans l’espace bien-être tandis que certaines chambres disposent de hammams privés. De l’autre côté de la rue, la boutique Les Bains Guerbois propose parfums et produits de soin. L’ancien réservoir des thermes, une tour d’une quinzaine de mètres, a quant à lui trouvé une nouvelle fonction en devenant une salle à manger privée.

Les étages jouent volontairement une partition plus calme. Les chambres reprennent certaines lignes des années 1950 et offrent un contraste presque nécessaire avec l’énergie nocturne des espaces inférieurs.

Au rez-de-chaussée, le Roxo concentre une grande partie de la vie de l’établissement. Restaurant et bar se déploient autour d’un spectaculaire comptoir central. La cuisine s’autorise des références françaises accompagnées d’influences plus lointaines tandis que la partie bar travaille une mixologie ambitieuse.

Sous la grande arche, les cocktails de la carte côtoient des créations sur mesure : pour les indécis, faire confiance au barman reste probablement la meilleure option.

Et puis il reste le sous-sol, là où l’histoire semble refuser de disparaître. Les concerts continuent, les DJ reprennent régulièrement possession des platines et le damier de Starck accueille toujours les danseurs. Plusieurs événements, expositions et programmations musicales entretiennent cette relation ancienne avec la création.


Les Bains sont finalement devenus un dialogue entre leurs propres époques. Thermes, restaurant, club, hôtel, galerie presque parfois : chacune de leurs vies a laissé quelque chose derrière elle. Même devenu cinq étoiles, le lieu n’a pas cherché à devenir parfaitement sage. Et c’est sans doute pour cela qu’il continue d’intriguer.



THE ATMOSPHERE


La rénovation devait réussir un exercice délicat : conserver la mémoire des Bains sans transformer l’établissement en décor nostalgique. Le choix a donc été de ne pas imposer une seule esthétique à l’ensemble, mais de faire varier les atmosphères selon les espaces.


Le Roxo en donne probablement la version la plus spectaculaire. Le bordeaux satiné enveloppe la salle tandis que le grand bar central organise tout le volume. La lave émaillée évolue progressivement du rouge vers le noir et un imposant dôme inversé vient habiller le plafond. Cette forme presque liquide n’est pas anodine : l’eau reste un fil conducteur discret de la décoration, rappelant la première vie des Bains.

Deux patios végétalisés apportent une respiration à cet ensemble volontairement sombre. La lumière reste basse et travaille davantage le clair-obscur que la pleine luminosité. Un choix particulièrement cohérent pour une adresse dont l’histoire s’est, après tout, largement écrite une fois la nuit tombée.


Le restaurant et le bar se prolongent vers une terrasse dominée par une œuvre contemporaine, ajoutant encore une autre dimension à cet ensemble qui change constamment de registre.


Quelques mètres plus loin, le salon chinois propose presque l’exact opposé. Réservé aux clients de l’hôtel, il évoque davantage un appartement particulier qu’un lobby classique avec ses livres disposés librement, ses œuvres, son honesty bar et ses fauteuils dans lesquels on pourrait facilement oublier l’heure.


Les chambres elles, traduisent une recherche de calme. Après l’intensité du rez-de-chaussée et du sous-sol, elles offrent quelque chose de beaucoup plus apaisé, avec des volumes sobres et une décoration qui cherche davantage le confort que l’effet.

Puis l’escalier redescend vers deux éléments qui résument presque toute l’histoire de la maison. D’un côté, la piscine rappelle les Bains Guerbois de 1885. De l’autre, le damier noir et blanc de Philippe Starck ramène directement aux Bains Douches de 1978. Près d’un siècle sépare leurs origines et pourtant quelques mètres suffisent aujourd’hui pour passer de l’un à l’autre.


C’est sans doute ce qui donne aux Bains leur personnalité si particulière. La décoration ne repose pas uniquement sur un travail esthétique mais sur toutes les couches laissées par ceux qui ont occupé les lieux avant elle. L’établissement peut être élégant, enveloppant, presque silencieux puis devenir franchement nocturne sans donner l’impression de changer complètement d’identité.


Lorsque la musique monte et que les platines prennent le relais, la transition semble même assez naturelle. Les Bains ont changé de siècle, de fonction et de décor, mais pas complètement de tempérament.

À L'ORIGINE

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ERRANCE EPICURIENNE, nom. 1. Repas festif dont les convives pratiquent, pour cette occasion, l'art du « bien manger » et du « bien boire » grâce à des plats de qualité, une cave honorable, un accueil attentif, un service soigné et un cadre agréable.

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